Mardi 18 novembre 2008
Korydwen, Korydwen, pourquoi t'en être allée au premier jour de mai de ta quinzième année, fillette païenne, couronnée d'épis de blé, à la fraîche fontaine, dans le bois aux sorbiers ?

De s'en venir de Vannes trois hommes, trois cavaliers, au Pardon de Sainte Anne s'en allant chevaucher, de Sainte Anne près de Nantes, sur un rocher dressée. Et Korydwen d'entendre les cloches sonner.
Le premier des cavaliers, de pierreries couronné, cheval blanc comme est blanc le marbre de Carrare en été :
- A Sainte Anne, belle païenne, je vous mènerai. Venez, venez en selle.

Mais il n'eut achevé que sa peau tombe en lanières sur son corps tout desséché, qu'en chimère de pierre soudain se trouve changé, et ses bras en poussière et en poudre ses deux pieds. Et de ses cendres grises la fontaine est brouillée.

Plongeant l'épée dans l'ève, le second des cavaliers rendit claire la sourc et plus fraîche d'emblée. D'une tortue la tête ornait son casque d'acier, ses écailles recouvraient sa cuirasse cirée.
- Qui es-tu, dit Korydwen ?
- Bathalan le guerrier! Je suis le fils de Tonkad et de l'océan suis né.
- L'océan ne fait naître que sirène ou bien que sorcier. Au Pardon de Sainte Anne jamais ne te suivrai !

De la fraîche fontaine au troisième des cavaliers, Korydwen en sa bouche de l'ève claire a versé :
- Tu es jeune et tes yeux sont de jade émaillés; de quel pays viens-tu sur ta pourpre haquenée ?
- D'où je viens spt moulins tournent dans les vents salés qui font ma barbe rose comme rose de rosier. On m'appelle Le Rouge à Kenholl où je suis né. A Sainte Anne, au Pardon, je m'en vais pour te mener.
De bondir tous les deux dessus la pourpre haquenée. Sonnaient sonnaient les cloches de vers Nantes au clocher. De chevaucher trois jours et deux nuits sans s'arrêter, sans boire et sans manger, de collines en vallées. Mais Korydwen s'étonne à la troisième soirée :
- Je n'entends plus qu'a peine les cloches sonner.

- Ce n'est rien, dit Le Rouge, mais le vent a dû tourner. Viens, païenne, sur ma couche de paille de blé...
Ils repartent au matin sur la folle haqunée. Ils traversent des forêts de bois de cerf dressés, plus vertes que sont les algues et que d'Irlande les prés, sans boire et sans manger, trois jours deux nuits sans s'arrêter. Mais Korydwen s'étonne à lasixième soirée :
- Je n'entends plus les cloches du Pardon sonner !
- Tu te trompes Korydwen tu te trompes ma bien aimée; c'est le vent qui est tombé. Il est tard, allons nous coucher...

Quand Korydwen s'éveille à la septième rosée, elle est seule sur la couche de paille de blé : à la place du Rouge elle découvre à son côté des serpents et un miroir brisé.

Et Korydwen d'y plonger son regard pour le croiser, mais le visage qui lui fait face de la faire sursauter : c'est celui d'une vieille de'au moins cent et dix années dont des serpents dévorent les pauvres seins déchirés.

Et Korydwen de voir son maigre sang couler, et la terre de boire et sa mort arriver. Et de son ventre froid soudain s'envole un épervier qui plonge dans la Loire, en saumon enchanté...



Cette chanson peut être écoutée sur Deezer, dans l'interprétation de Tri Yann.



Adaptation (et non traduction) de la chanson traditionelle irlandaise "Cad E Sin Don Té Sin" (en gaelique irlandais et de ce fait imprononçable par nos gosiers profanes), "Korydwen et le Rouge de Kenhol" est une composition originale truffée d'allusions et de références aux plus anciens mythes celtiques. Pour le décodage, je vous renvoie vers le site Bretagnenet...
Par Korrigan
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Samedi 15 novembre 2008
Issu des discussions du Secteur GN (jeu de rôle Grandeur Nature), sur le site parano.be, ce chansonnier a pour but de rassembler les chansons traditionnelles et médiévales qui sont publiées hebdomadairement sur ce site. Le but final du chansonnier est de fournir un document de référence pour tous les GNistes, mais aussi pour tous les amateurs de musique traditionnelle et médiévale.

N'hésitez pas à nous laisser vos suggestions pour que le chansonnier puisse continuer à évoluer...
Par Korrigan - Publié dans : News
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Samedi 15 novembre 2008
Y’a rien d’plus misérable
Qu’la femme d’un libertin:
Elle s’en va, d’auberges en auberges,
En cherchant son mari, nom de d’là!
Avec une lanterne.

»Bonjour, Madame I’hôtesse,
Mon mari est-il là?«
»Il est là-haut, dans la plus haute chambre;
En train de se divertir, nom de d’là!
Avec notre servante.«

Cette femme, cette pauvre femme,
Dans la chambre, elle monta:
»Que fais-tu là, méchant ivrogne?
T’es à te divertir, nom de d’là!
Chez nous, il n’y a personne.«

»Ma femme, ma pauvre femme,
Retourne en ta maison!
En ta maison, tu feras ta cuisine;
Et moi, pendant ce temps, nom de d’là!
Je viderai mes chopines.«

Cette femme, cette pauvre femme,
Chez elle s’en retourna:
»Ah, mes enfants! Vous n’avez plus de père;
L’est à se divertir, nom de d’là!
Avec une autre mère.«

»Ma mère, ma pauvre mère,
Nous savons tout cela.
Nous savons bien ce que fait notre père;
Et quand nous serons grands, nom de d’là!
Nous ferons tous de même.«

Cette femme, cette pauvre femme,
Alors elle s’écria:
»Si j’avais su, en passant la rivière,
J’aurais jeté dedans, nom de d’la!
Mes enfants et leur père!»



Cette chanson est écoutable sur Deezer, dans l'interprétation de Marc Robine



Cette histoire de La femme d'un libertin et ses variantes les plus connues (telle que La femme du roulier) sont souvent victimes d'interprétations pour le moins contestables. En effet, sous prétexte que la tradition estudiantine les a accaparées, pour en faire les piliers d'un répertoire de corps de garde, elles font désormais figures d'apologies de la débauche masculine; ce qui, au regard d'une lecture attentive du texte, est un contresens total. Loin d'être une invitation au libertinage, cette chanson, empreinte d'un désespoir total, ressemble plutôt à un constat d'échec. Sur toute la ligne; puisque les enfants ne valent pas mieux que leur père.
Par Korrigan - Publié dans : Chansons méconnues
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  • : Ce blog est issu des discussions du secteur GN (jeu de rôle Grandeur Nature) sur le site parano.be. Son but est de recenser, au fil des semaines, les textes de chansons médiévales et traditionnelles qui y auront été publiées.
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